Adolescence et endométriose

L’endométriose peut-elle être la cause des douleurs menstruelles chez une adolescente ?

Les réponses avec le Dr Isabella Chanavaz-Lacheray, gynécologue obstétricien au CHU de Rouen, un grand centre d’endométriose :

« Bien sûr, l’endométriose peut être la cause des douleurs menstruelles chez une adopuisque l’endométriose commence à l’adolescence. Et dans les facteurs de risque, il y a ce qu’on appelle les ménarches précoces, elles concernent des jeunes filles qui ont des règles tôt. Avoir des règles à 10 ans, c’est jeune. On sait que c’est un facteur de risque pour la simple raison que la durée des règles sur la vie est plus longue. Mais cela commence en effet à l’adolescence.

Certaines jeunes filles vont d’emblée être tordues de douleurs pendant leurs règles, elles vont louper l’école, il va y avoir un absentéisme scolaire, et ces jeunes filles peuvent se retrouver aux Urgences à quatre heures du matin… Il ne faut pas banaliser ces douleurs. Ces douleurs sont très évocatrices de l’endométriose. Si ces douleurs interviennent tous les mois, si elles recommencent, si elles génèrent des malaises… c’est très évocateur de l’endométriose. » (Émission allô docteur, 2015)

Sachez cependant que durant les 2 premières années qui suivent les ménarches (les premières règles), les cycles peuvent être irréguliers, douloureux, avec des saignements importants. Ce qui peut être une source d’inquiétude pour l’adolescente et ses proches. Il s’agit dans 50-80% des cas de cycles anovulatoires (sans ovulation) liés à l’immaturité du système hormonal.

Cela n’exclue pas le fait de se sentir écouté médicalement et que les symptômes soient pris en compte, car il existe des solutions. Les médecines complémentaires comme la naturopathic, l’acupuncture etc. peuvent aider à réguler ces symptômes.

Mais l’endométriose n’épargne pas l’adolescente. Dans les dernières années de l’adolescence, sa fréquence est proche de celle de l’adulte.

« Chez ces jeunes patientes, l’endométriose est le plus souvent découverte devant des douleurs pelviennes chroniques. La rythmicité de ces douleurs est beaucoup moins caractéristique que chez l’adulte. Leur persistance malgré une contraception oestroprogestative associée aux anti-inflammatoires est un argument majeur en faveur de l’endométriose et justifie une exploration laparoscopique. » (Endometriosis in teenagers,N.Bourdela, S.Matsusakïa, H.Romanb,Gynécologie Obstétrique & Fertilité, 09.2006)

« Le diagnostic de l’endométriose de l’adolescente est souvent tardif alors que la précocité des symptômes est un argument de sévérité. Les traitements symptomatiques de première intention, comme les oestroprogestatifs et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, sont souvent insuffisants. La chirurgie est à surseoir autant que possible en raison de la chronicité et des risques de la maladie et de la chirurgie pelvienne sur la fertilité. » (Endométriose de l’adolescente : une prise en charge complexe, P. Capmas, Ph. Descamps, H. Fernandez, La Lettre du Gynécologue, n°364, 09.2011)

Les caractéristiques de l’endométriose pour lesquelles il faut porter son attention chez les jeunes filles sont les suivantes :

  • Douleurs extrêmes pendant les règles (dysménorrhée), non soulagées par des antidouleurs classiques, empêchant la jeune fille d’aller en cours, dese déplacer ou d’effectuer ses activités quotidiennes.
  • Douleurs et symptômes augmentant avec les années.
  • Douleurs durant les rapports sexuels (dyspareunie)

« La prise en charge a pour objectif l’absence de douleur, l’arrêt de la progression de la maladie et la préservation de la fertilité. La première ligne de traitement médical associe contraception oestroprogestative (en continu si nécessaire) et anti-inflammatoire non stéroïdien. […]La prise en charge et le diagnostic précoce pourraient permettre de prévenir la progression de la maladie et d’assurer un accompagnement adapté. (Endometriosis in teenagers, N.Bourdel, S.Matsusakï, H.Roman, Gynécologie Obstétrique & Fertilité, 09.2006)

Dans tous les cas, nous vous conseillons de consulter un gynécologue de l’adolescence, qui peut vous écouter et vous proposer des solutions. Il ne faut pas exclure une possibilité de diagnostic de l’endométriose, qui nécessite un suivi plus particulier auprès d’un spécialiste de la maladie.

Points importants :

  • L’endométriose n’est pas sexuellement transmissible
  • La suspicion d’une endométriose n’exclue aucun cas une contraception ou une protection contre les MST. L’endométriose peut provoquer une infertilité dans 40% des femmes atteintes. L’infertilité (difficulté à concevoir) est totalement différente de la stérilité (impossibilité de concevoir).

 

Merci à Dr. Martine Jacot-Guillarmod (CHUV, Lausanne), pour ses indications quant à la prise en charge des adolescentes consultant pour des dysménorrhées.

Livre conseillé : Elise Thiébaut « Les règles… quelle aventure ! », 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

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